26/02/2006

copains comme cochons..

Je m'en souviens comme si c'était hier... l'hiver était suspendu aux arbres... les cheminées droites comme des I sur les toits des villes crachaient le dioxyde de soufre.. cet ami qui dormait à la cave et qui nous voulait du bien. Il réchauffait les maisonettes des plus pauvres en ce temps là... les plus "chanceux" étaient passés au fioul. C'était l'hiver quoi.. les sapins illuminés.. le pain d'épice roi.. les batailles rangées.. boule de neige en réserve au fond de la poche.. à chacun son tour... j'avais 7 ans alors..Et ce fameux jour du 31 décembre qui était arrivé bien trop vite.. mon pére avait décidé quelques jours auparavant de faire de moi l'un des pilier de la réussite du bal de la st sylvestre. une angoisse sournoise nouait mon estomac et ne me quitterait plus jusque ce fameux jour.. ma mére avait eu beau essayer de minimiser l'affaire.. rien n'avait pu calmer mon tourment. Mon pére avait mis au point le piège redoutable.. la machine était en branle.. plus rien ne pouvait l'arrêter..je vous explique son plan.. Il s'était mis en tète de me faire porter un costume de ramoneur.. de me coller un cochon de lait dans les bras.. je devais me recroqueviller dans une boite de carton que les "grands" décoreraient.. et aux douze coups de minuit.. PAF!! me faudrait bondir hors de ma boite magique avec mon petit ami dans les bras et réciter la fable du corbeau et du renard et pour finir donner le numéro gagnant de la tombola.. et d'essayer de ne pas voir mon instituteur qui serait dans la salle.. lui qui ne m'aimais pas trop.. j'étais souvent "porté absent" lors de ma scolarité... petite nature fragile alors.. je choppais toute sorte de maladies et quand un méchant microbe "flottait" dans l'air c'était pour moi.. soyez en sure.. Le st esprit en avais décidé ainsi et ça a duré jusqu'à ce que je décide de lui dire merde... c'est passé.. un miracle daté ? bref.. ma mère me faisait réciter tous les soirs aprés l'école. Je le connaissait ce bon sang de texte.. mais non.. j'avais même droit à des essayages de costume.. le charbon en moins..un coup j'ai essayé de ruser.. du haut de mes 7 ans j'ai avancé l'idée que le plan de mon père était stupide.. que les gens présents au bal aux douze coups de minuit ne penseraient à rien d'autres qu'à s'embrasser.. de se balancer les meilleurs voeux et le tout le toutim qui va avec.. que ça casserait l'ambiance, qu'on ne me verrait même pas.. je tentai de le dissauder avec mes mots à moi de petit garçon que j'étais.. que son plan était tout simplement bancal... de quoi je me melle.. nonnon.. t'inquiètes pas..t'occupes.. ONT a tout prévu.. annonce micro.. mise en scène rêglée au quart de tour.. j'y échapperai pas......... Mes deux frangines étaient aux anges.. elles voyaient bien que je sentais la trouille depuis quelques jours.. oh oui que c'était rigolo !
Tindinnnnnnnnnnn... arrivé bien trop vite le jour du sacrement du ramoneur et d'son cochon de lait... les heures défilaient comme des perles qu'veulent pas finir sur le fil du collier... au secoursssssss... et le cochon milk.. j'avais eu le temps de causer avec lui tout au long de la journée.. sa petite queue en tire bouchon faisait des zips et des zaps slors qu'il visitait la maison de long en large.. se cachait sous un lit.. y faisait un petit pipi puis ressortait de là en braillant des groinnn groinnn qui faisaient rire toute la famille.. oui.. sauf moi.. ont ne lui avait pas demandé son avis à lui non plus.. (il finirait dans le panier garni qu'était le GRAND PRIX de la tombola! entre les fruits confits et les oranges.. le JAMBONNEAU (popa de lui?) et les noix... les bonbons le ruban les trois fleurs sêchées le rasoir électrique et tous les trucs bidons qui le composait.. le panier... le pauvre.. pour couronner le tout il aura à supporter ma bafouille.Le grand soir arrivé, la fête battait son plein, les danseurs tourbillonnaient autour des tables désertées... disparu le velouté de foie gras, l'mesclun de saumon, la dinde en croûte de sel au petits légumes, les 12 fromages, ils en étaient à la charlotte de Saint Sylvestre... au café.. ça sentait le ramoneur.. Si j'étais inquiet ou fébrile ça ne devait pas trop se voir.. ou alors tout le monde s'en foutait royal.. on me pomponnait... une bille de charbon m'avait transformé.. je crois que mon coeur avait inventé le drum%bass ce soir là.. à l'instant précis où ils refermèrent les volets haut du carton... au "dehors" des voix "amies" tentaient de me rassurer... la voix de mon pére trahissait sa fierté de savoir son fils roi de la fête tout à l'heure.. des voix de femmes.. inquiètes et amusées... rieuses et protectrices aussi... des voix étyliques encore.. des tonnes de mots virvoltaient tout autour..ouep.. j'ai deviné la voix de ma mére entre toutes.. je suis là mon petit.. je resterai tout près.. n'aie pas peur.. je suis là.. jai encore regarder mon petit complice dans les yeux.. lui aussi avait peur.. quand ont est à deux c'est plus facile que je devais lui dire pour le rassurer.. je le tenais entre mes mains.. il gigotait un peu mais pas trop... les grands avait peut-être eu la bonne idée de verser quelques gouttes de schnaps dans son bib... comme faisaient les paysans avec le moutard qu'a du mal à s'endormir... j'ai deviné que MA boîte venait d'être reposée à terre... l'orchestre s'arrêta de jouer et le rideau s'ouvrait lentement... mon pére s'empara du micro (cté lui le president du club de foot que cté lui le régulateur de la soirée.. au four et au moules..) ouep.. il éructa son discours... blablabla... vinrent les 12 coups fatidiques tant redoutés.. en fait.. c'est la salle en coeur qui démarra le décompte... eis.. dzvei... drei... vier... funf.. zex.. siebe... hecht.. neuin.. dzah.. elfe.. TZVELF! (en phonéticoalsacien dans le texte)
Un énorme brouaha couvrait la salle alors que je sortais de ma boîte avec mon petit copain... je dis ma récitation alors que la salle explosait sous les embrassades, les effusions de bonheur.. les confettis, les serpentins tournoyants.. toute la salle n'était plus que larmes et pleurs.. joies et plotage de fesses et compagnie.. et moi.. rêglé comme une horloge débitant mon affaire.. et le cochon qui ne pensait plus qu'a une chose...s'échapper d'entre mes bras.. mais je le tenais serré.. je voulais finir mon récital... ils l'avaient tant esperer.. je devais être sur la fin, quand le corbeau dupé n'avait plus que ses ailes et son bec pour pleurer... là un tonnerre d'applaudissements retentit tout à coup... des bravos fusaient de partout... je devais briller de mille feux malgré le charbon et la cendre déposés sur mon visage.. ma petite échelle tombée à terre... mon copain comme cochon (...) qu'avait fini par réussir à se faire la malle.. je me mis à pleurer... des larmes coulaient sur mon visage.. je n'était plus que ce pauvre petit ramoneur que mon père avait tant espèré... tout seul.. je ne voyais plus personne.. je voulais juste rentrer à la maison... je voulais mon lit.. je voulais les bras et les bisous de maman... je voulais.. je voulais... plus jamais.. plus jamais je veux faire le ramoneur maman que je lui disais alors qu'elle m'emportait backstage.. elle sècha mes larmes.. et j'ai vu ses yeux se mouiller... non mon petit.. jamais plus.. jamais..

06:48 Écrit par always the sun | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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